Sur le compteur, le gaz paraît garder l’avantage. Pourtant, au moment de faire bouillir de l’eau ou de saisir des légumes, une part importante de cette énergie ne finit jamais dans la casserole.
La différence se joue dans un détail invisible, mais décisif pour la facture : la chaleur réellement transmise aux aliments. Et avec la hausse du prix du gaz en octobre 2026, ce calcul mérite d’être refait.
Pourquoi comparer seulement le prix du kWh donne une réponse trompeuse
Depuis le 1er octobre 2026, le prix repère du gaz publié par la Commission de régulation de l’énergie, ou CRE, atteint 0,17832 euro TTC par kWh pour les foyers utilisant le gaz pour cuisiner ou produire leur eau chaude. En septembre, ce même kWh coûtait 0,16757 euro. La hausse est donc de 6,4 %.
Face à lui, le kWh d’électricité au tarif réglementé en option Base coûte 0,2001 euro TTC pour les compteurs de 3 et 6 kVA. Ces puissances sont les plus répandues dans les logements. À partir de 9 kVA, il descend légèrement à 0,1985 euro.
À première vue, le gaz conserve environ deux centimes d’avance par kWh acheté. Mais une gazinière chauffe aussi l’air ambiant, les côtés du récipient et parfois la poignée. Une plaque à induction concentre au contraire son énergie au fond de la casserole compatible.
Le coût pertinent n’est donc pas celui du kWh au compteur. Il faut calculer le prix du kWh de chaleur utile, celui qui atteint réellement le récipient et participe à la cuisson. C’est là que le classement s’inverse.
L’induction devient moins chère grâce à son rendement élevé
La réponse est claire : à chaleur égale dans la casserole, l’induction coûte moins cher que le gaz. Cela ne signifie pas que l’électricité est moins chère au compteur. Cela signifie que l’induction gaspille beaucoup moins d’énergie.
Une table à induction crée un champ magnétique qui chauffe directement le fond de l’ustensile. Selon ENERGY STAR, le programme d’efficacité énergétique de l’Agence américaine de protection de l’environnement, environ 85 % de l’énergie est transmise à la casserole.
Pour une table au gaz classique, ENERGY STAR estime ce rendement à environ 32 %. Les appareils commercialisés en Europe sont toutefois soumis à un cadre différent. Depuis 2019, le règlement européen n° 66/2014 impose une efficacité supérieure à 55 % lors d’un essai normalisé pour les tables domestiques au gaz.
Ces deux valeurs ne décrivent pas exactement la même mesure. Les 55 % correspondent à un seuil minimal européen en laboratoire. Les 32 % représentent une moyenne américaine. Elles donnent néanmoins une fourchette utile pour mesurer les pertes d’une flamme.
| Équipement et rendement | Prix du kWh au compteur | Prix du kWh de chaleur utile |
|---|---|---|
| Induction, rendement de 85 % | 0,2001 euro | 0,235 euro |
| Gaz, profil cuisson, rendement de 55 % | 0,17832 euro | 0,324 euro |
| Gaz, profil cuisson, rendement de 32 % | 0,17832 euro | 0,557 euro |
| Gaz, profil chauffage, rendement de 55 % | 0,14557 euro | 0,265 euro |
Le calcul consiste simplement à diviser le prix affiché par la part de chaleur utile. Pour rivaliser avec l’induction, une plaque au gaz devrait transmettre plus de 75 % de son énergie à la casserole. Ni ENERGY STAR ni la réglementation européenne ne lui attribuent un tel rendement.
Les foyers chauffés au gaz bénéficient d’un prix du kWh inférieur, fixé à 0,14557 euro au prix repère d’octobre. Même dans ce cas favorable, le gaz reste derrière l’induction avec 0,265 euro par kWh utile. Reste à traduire cet écart en dépenses annuelles concrètes.
Le calcul pratique pour 409 cuissons par an
L’ADEME retient un repère de 409 cuissons annuelles. Pour les plaques à induction neuves les plus performantes, elle estime la consommation à 115 kWh par an. Cette donnée concerne les appareils les plus sobres du marché, pas la consommation moyenne de toutes les cuisines.
Au tarif réglementé Base de 6 kVA, ces 115 kWh d’électricité représentent 23,01 euros par an. Pour obtenir la même quantité de chaleur dans les plats avec une table au gaz, il faut acheter davantage de kWh.
- Avec un rendement de 55 %, une table au gaz nécessite environ 178 kWh par an.
- Avec un rendement de 32 %, elle nécessite environ 305 kWh par an.
- Au prix repère d’octobre, cela représente respectivement 31,69 euros et 54,47 euros par an.
| Mode de cuisson | Coût annuel | Coût par cuisson |
|---|---|---|
| Induction, 115 kWh et rendement de 85 % | 23,01 euros | 0,06 euro |
| Gaz, 178 kWh et rendement de 55 % | 31,69 euros | 0,08 euro |
| Gaz, 305 kWh et rendement de 32 % | 54,47 euros | 0,13 euro |
L’avantage de l’induction atteint ainsi 8,68 à 31,46 euros par an. Rapporté à chaque cuisson, cela correspond à un écart de 2 à près de 8 centimes. La flambée du gaz d’octobre accroît peu cette différence.
Avec le prix repère de septembre, la même cuisson au gaz coûtait entre 29,78 et 51,19 euros par an. La hausse récente ajoute donc seulement 1,91 à 3,28 euros sur une année. L’économie existe, mais elle ne justifie pas automatiquement un remplacement immédiat.
Quand passer à l’induction devient réellement intéressant
Remplacer une gazinière en bon état uniquement pour économiser l’énergie de cuisson est rarement rentable. Un gain annuel de 9 à 31 euros rembourse difficilement le prix d’une plaque neuve, surtout si l’installation électrique doit être modifiée.
Une table à induction doit être raccordée à un circuit électrique dédié. Elle ne doit jamais être branchée sur une prise standard. Selon le modèle choisi et les autres équipements du logement, elle peut aussi imposer une puissance de compteur plus élevée.
Le raisonnement change complètement lorsque le gaz ne sert plus qu’à cuisiner. Le prix repère prévoit alors un abonnement annuel de 152,46 euros, sans variation entre septembre et octobre. Cette somme peut peser bien plus lourd que le combustible consommé.
Une consommation de cuisson seule est estimée autour de 300 kWh de gaz par an. Au prix repère d’octobre, cela équivaut à 53,50 euros de gaz. Dans cette situation, résilier le contrat de gaz après un passage complet à l’électrique peut supprimer l’abonnement de 152,46 euros.
Le gain principal ne vient donc plus de l’efficacité de la plaque. Il vient de la disparition du contrat gaz. C’est le point à vérifier avant tout achat.
Prix du gaz, zones tarifaires et offres : les repères à surveiller
Le prix repère de la CRE n’est pas un tarif obligatoire. Il sert de référence au marché, tandis que chaque fournisseur fixe librement son prix du kWh et son abonnement. Une offre à prix fixe peut donc s’en éloigner sensiblement.
La grille évoquée concerne la zone desservie par GRDF, qui rassemble environ 95 % des clients résidentiels au gaz. Selon la zone tarifaire, le kWh destiné à la cuisson varie de 0,17365 à 0,18804 euro.
Certains contrats affichent aussi des remises importantes sur le seul prix du kWh. Une offre Avantage Gaz 2 ans d’EDF annonçait par exemple un écart de 25 % par rapport au prix repère, sur une consommation de référence de 5 420 kWh par an pour un appartement chauffé au gaz en zone tarifaire 1. Cette comparaison exclut l’abonnement.
Pour une simulation de 10 000 kWh annuels en zone 1, des budgets annuels TTC de 1 677, 1 700 et 1 708 euros ont été relevés selon les offres et les dates de vérification. Le fournisseur le moins cher ne l’est donc pas forcément selon le seul prix du kWh.
Les erreurs qui font grimper la consommation au gaz
Conserver une gazinière ne condamne pas à gaspiller. Le premier réflexe consiste à utiliser un couvercle. Pour porter de l’eau à ébullition, il peut diviser par quatre l’énergie nécessaire.
Choisissez aussi une casserole dont le diamètre correspond au brûleur. Si elle est trop petite, les flammes remontent sur les bords et chauffent la cuisine au lieu du fond du récipient.
Enfin, surveillez la couleur de la flamme. Elle doit être bleue et nette. Une flamme jaune peut signaler une combustion imparfaite qui nécessite un réglage.
Reprenez vos factures sur douze mois, additionnez abonnement et consommation, puis refaites le calcul lorsque la CRE publiera le prix repère de novembre. Si le gaz ne sert qu’à la cuisson, c’est souvent l’abonnement, bien plus que la flamme, qui décide du meilleur choix.
